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Title: Best-loser : un système qui sert bien le pays
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ARSHAAD
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(Date Posted:30/08/2008 16:06:33)

le BSL a trop bien servi le pays pour qu’on l’élimine d’un trait de plume 

-- Sydney Selvon 

Qu’est-ce qui se passera concrètement si l’on abandonne le ‘Best-Loser System’ (BSL) ? Quelqu’un, quelque part, y songe-t-il ? Pourquoi ce regain de campagne médiatique pour l’abolition du BSL alors même que la reconnaissance de la communauté créole a aujourd’hui un appui massif au sein de la population créole elle-même ?

En 1982, j’en posai au nouveau Premier ministre Anerood Jugnauth la question. Est-ce qu’il comptait abolir le BSL ? Sa réponse fut un non catégorique et ferme – et fut une des premières contradictions qu’il osa émettre face à son propre parti, le MMM, où un fort courant voulait la fin du système dit ‘correctif’ et qui manifesta devant le Parlement pour s’opposer au retour des best-losers d’alors menés par sir Gaëtan Duval. Je me souviens encore qu’il y opposa l’argument selon lequel « nous n’avons pas été élus pour abolir le BSL ». Paul Bérenger dut intervenir personnellement pour que le leader du PMSD puisse intégrer son siège au Parlement avec ses collègues nommés d’après le BSL.

Qu’est-ce qui a changé depuis pour qu’il y ait de nouvelles demandes d’abolition du BSL ? Serions-nous plus Mauriciens ? Ou, au contraire, serions-nous des matamores essayant de nous convaincre, par suggestion hypnotique, que les Mauriciens seraient heureux d’un parlement où, par quelque ‘accident’ du vote populaire (à l’instar des 60-0), ne serait représentée qu’une seule des communautés reconnues par la Constitution ?

Ou plutôt, est-ce que c’est, en fin de compte, le fruit d’une obsession latente chez une toute petite section de la population qui se sent souvent mal dans sa peau (tout en contrôlant la presse) pour  jouer au matamore et tenter de se fondre dans une communauté créole  sur le dos de laquelle elle se dresse pour être dans la course aux privilèges – je veux dire la population de couleur dont le nombre n’excèderait pas plus de 8,000 personnes à Maurice – au lieu d’essayer d’affirmer fièrement l’identité historique qui est la leur, surtout que les arts et la culture mauriciennes leur doivent quand même beaucoup?

Il n’y aurait pas eu de mouvement de masse derrière Jocelyn Grégoire pour une reconnaissance de la communauté créole par la Constitution de l’île Maurice si le fait sociologique que je mentionne plus haut n’était que fiction. Il n’y aurait pas eu, également, d’opposition dans la presse à cette demande tout à fait légitime pour 25% au moins de la population du pays – constatons, à ce sujet, les remarques perfides qui se succèdent dans certains éditoriaux contre Grégoire depuis que ce dernier à réussi son pari à réunir la grosse foule le 1er Mai dernier.

Je ne pense pas que nous soyons plus ou moins mauriciens depuis 1983. Les ténors des médias qui tentent de faire la leçon de mauricianisme à tout le monde à la ronde sauf devant leurs portes, surtout avec des visières franco-centristes d’un âge révolu, ne devraient pas ignorer que la population a assez d’éducation et de maturité pour savoir qu’elle est d’abord et avant tout une population de Mauriciens et non d’Indiens, de Chinois, de Français ou d’Africains… La victoire de Bruno Julie et la manière dont les Mauriciens l’ont accueillie, sans compter les soirées passées à suivre les héros du sport mauricien à Beijing, y compris Stéphane Buckland et Eric Milazar par toutes les communautés ethniques du pays, démontrent qu’il existe un mauricianisme profond qui ne doit absolument rien à ces ténors médiatiques. C’est un sentiment d’être mauricien qui vient du plus profond de nous-mêmes.

Cependant, cela ne veut nullement dire que le jeu des équilibres prend fin dans la psyché des Mauriciens pour ce qui est de leur représentativité et de leur vision de l’égalité des chances devant la loi suprême du pays et des lois électorales. Je ne connais pas la position du gouvernement, ni celle du MMM dont la politique a souvent été de promettre l’abolition du BSL tout en ne l’abolissant pas (avec raison), une fois arrivé au pouvoir en raison de l’opposition que ce parti pressent à ce sujet au sein de la population.

Cependant, il ne faudrait pas, tout comme les 60-0 que rien ne justifie en démocratie, permettre une autre erreur techniquement possible avec l’élection d’un parlement où il n’y aurait pas un seul élément musulman ou sino-mauricien ou créole ou population de couleur ou blanc, etc.… Nous ne changeons pas la Constitution pour cinq ou dix ans, mais pour une très longue durée dans le temps – et même, en principe, indéfiniment.

A mon avis, les cris en faveur de l’abolition du BSL venant de certains milieux médiatiques sont totalement creux et vides de sens. Ils sont devenus un rituel de la part de ceux qui croient qu’ils ont le monopole du mauricianisme. Il s’agit d’un de ces slogans qui, avec le temps, perdent tout leur sens. Je ne leur nie pas, bien sûr, leur bonne foi lorsqu’ils se décrivent comme de vrais Mauriciens, ne voulant aucunement m’ériger en juge de leur conscience. Mais j’ose leur dire qu’ils ne sont pas plus mauriciens que les leaders des mouvements socio-ethniques du pays, qui vivent la même expérience multiethnique que tout le reste de la population à travers le territoire mauricien en dépit de leurs récriminations précises sur les thèmes de représentativité, etc.

Encore une fois, je tiens à faire la distinction entre une vision d’une certaine presse et celle de l’extrême gauche mauricienne dont je respecte les vues parce qu’elles sont soutenues par une idéologie « that makes sense », même s’il s’agit d’un idéalisme irréalisable à ce stade de l’histoire du monde. Jack Bizlall, Ashok Subron ou Ram Seegobin ont une vision du monde (et de la question ethnique) tout à fait différente de la bourgeoisie qui contrôle une section des médias.

Pour en revenir au BSL, quel est ce système à inventer qui assurerait, de manière tout à fait objective et neutre, que chaque composante de la nation serait représentée à l’Assemblée nationale à l’issue de chaque élection générale ?

La vérité est que personne n’a, en fait, la réponse. On veut confier cette tâche à la ‘sagesse’ des leaders de l’establishment politique du jour et on refuse de réfléchir au long terme, aux élections générales dans 20 ou 40 ans. On ne réfléchit pas sur le retour en force des identités à travers le monde et qui ne va pas nécessairement dans le mauvais sens escompté par les idéalistes mauriciens. Il s’agit, étant donné que rien n’est parfait, de mettre en place des garde-fous qui entrent automatiquement en jeu pour empêcher quelque dérive vers un parlement mono ethnique – un de ces ‘accidents’ avec lequel l’histoire pourrait encore une fois nous surprendre comme en 1982.

A bien voir, le BSL a trop bien servi le pays pour qu’on l’élimine d’un trait de plume.

Sydney Selvon 
Mauritius Times

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