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Title: Anil Gayan: “Le MMM est aujourd’hui devenu un parti de retraités - c’est un panier de crabes
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(Date Posted:13/07/2008 11:33:57)

Mauritius Times : Toute la classe politique est tenue en haleine en prévision du jugement prochain des Law Lords du Privy Council dans l'affaire Ashock Jugnauth. En tant que légiste, diriez-vous qu'on peut déjà anticiper la décision des Law Lords?

Anil Gayan : Il y a toujours un danger à préjuger de ce que les Law Lords vont décider, mais selon les précédents, il me semble difficile que les Law Lords veuillent « upset the findings of fact » des deux juges Lam Shang Leen et Domah, c-à-d qu'ils ne voudront pas entamer le raisonnement sur les faits étant donné que les juges sont plus au courant de ce qui se passe dans le pays. Mais sur le plan strictement de droit, il y un point sur lequel, je pense, que les juges auront un problème par rapport au « burden of proof ». Selon moi, les deux juges ont eu tort d'appliquer un fardeau de la preuve qui n'est pas connu du système juridique. Cependant, j'estime que les Law Lords, même s'ils sont d'accord avec mon point de vue, diront qu'ils seraient arrivés à la même conclusion que les juges dans l'analyse du problème selon le fardeau de la preuve qui est applicable. Mais je souhaite aussi que le conseil Privé fasse une déclaration sur le rôle de l'‘Electoral Supervisory Commission' qui est tenu par la constitution de superviser les élections. Il appartient à cette Commission d'intervenir en cas d'abus ou de fraude électorale et de faire savoir qu'il y existe un problème et que les élections doivent être cassées ou pas. Or, la ‘Electoral Supervisory Commission' a été totalement absente de la joute électorale, alors que son rôle est de veiller à ce que tout se passe dans la bonne gouvernance électorale. Je souhaite que les Law Lords fassent ses commentaires à ce sujet également.  

* Vous pensez donc que l'‘Electoral Supervisory Commission' n'a pas assumé ses responsabilités par rapport à l'élection d'Ashock Jugnauth en particulier ; ou est-ce à l'ensemble des dernières élections générales ?

-- Non, à l'ensemble, mais quand il y a une élection qui est « challenged » -- celle d'Ashock Jugnauth dans ce cas -- et que l'‘Electoral Supervisory Commission' n'a rien fait, on peut conclure à partir de là que tout s'est passé dans les règles... alors que tel n'a pas été le cas comme les juges l'ont trouvé. D'ailleurs je pense qu'il faudra renforcer l'‘Electoral Supervisory Commission' en lui donnant des pouvoirs additionnels, à l'exemple de la commission de supervision en Inde, qui fixe la date des élections dans la Grande péninsule. Je crois qu'il faut libérer nos instances électorales. Il faut se défaire de la mainmise premier- ministérielle et redonner une certaine démocratie à notre démocratie en ce qui concerne les élections à Maurice. Actuellement, c'est le gouvernement qui nomme les membres de la ‘Electoral Supervisory Commission', c'est le Premier ministre qui décide de la date des élections.

Le système fonctionne parfaitement en Inde, et c'est bien pour la démocratie. Je ne vois pas pourquoi un tel système ne va pas marcher à Maurice. J'admets cependant qu'il va falloir faire avec la jalousie de nos Premiers ministres, quels que soient leurs bords politiques, quant à leurs prérogatives. Mais faut-il que la jalousie premier-ministérielle prime sur la démocratie ?

* Revenos à Ashock Jugnauth : estimez-vous donc qu'il sera débouté par le Privy Council ?

-- Il me semble que telle sera la conclusion du Privy Council. Il existe toujours cette possibilité : que les Law Lords pensent que les juges Mauriciens ont eu tort, qu'ils ont mal analysé les preuves et que ce n'est pas à Ashock Jugnauth de payer le prix de manque de travail non accompli par la ‘Electoral Supervisory Commission'. Il existe toutes sortes de possibilités, mais je pense que ‘on balance' le Conseil Privé ne va pas « upset the findings of fact » des juges mauriciens.  

* Pouvez-vous dès à présent prévoir quelles vont être les conséquences politiques au cas où Ashock Jugnauth est effectivement débouté par les Law Lords ?

-- En Angleterre il y a des élections partielles qui se font presque régulièrement. A Maurice, par contre, on a tendance à dramatiser, ce qui fait qu'une élection partielle prend l'allure d'une élection générale. Souvenez-vous de l'élection partielle au no.7 quand Pravind Jugnauth avait haussé la barre en déclarant que c'était une joute entre lui-même et Navin Ramgoolam. Il faut dédramatiser cela, car il faut traiter une élection partielle comme une élection partielle. Les élections générales viendront quand elles viendront et on va traiter les élections générales comme des élections générales.

* C'est quand même vrai qu'un jugement défavorable à l'encontre d'Ashock Jugnauth, devant provoquer une élection partielle au no. 8, va embarrasser presque toutes les formations politiques qui se verraient ainsi tenues de préciser leurs intentions électorales, n'est-ce pas ? Sinon pouvez-vous concevoir une lutte à trois ?

-- Mais pourquoi pas ? Pourquoi faut-il toujours penser qu'une élection partielle sera le déclic pour la mise en place des alliances en prévision des prochaines élections générales ? Autant que je le sache, cette élection partielle ne va pas mettre en péril la vie de l'actuel gouvernement ou la place qu'occupe l'opposition sur l'échiquier. Je vois mal pourquoi il faut absolument discuter alliance déjà en raison de la tenue d'une élection partielle. Car, on peut faire des alliances qu'on veut aujourd'hui pour une élection partielle, mais qui dit que cette alliance va durer jusqu'aux prochaines élections générales. Certes, il y a des gens qui sont en train de spéculer sur les diverses permutations d'alliance, mais faire une alliance conjoncturelle pour une élection partielle sans avoir au préalable réuni tous les éléments constitutifs d'une alliance durable... je ne crois pas que ce serait dans l'intérêt des partis politiques et du pays. 

* Dites-vous donc que les conditions ne sont pas réunies actuellement pour que les formations politiques s'engagent dans des discussions ? 

-- Je pense que c'est trop tôt pour dessiner les contours des alliances pour les prochaines élections générales.  

* Mais il semblerait que les leaders politiques, du moins ceux du MMM et du MSM, sont d'un avis différent. Ils planchent toujours sur la question de ‘prime ministership', condition sine qua non pour la reconstitution d'une alliance MMM-MSM. Pensez-vous que Paul Bérenger réussira à ramener son p'tit frère à de meilleurs sentiments par rapport à cette question ?

-- Je ne sais pas ce que Paul Bérenger et Pravind Jugnauth ont en tête ; ce qui me frappe, c'est l'utilisation des termes comme ‘p'tit frère' et ‘grand frère', alors que les deux se sont insultés mutuellement. N'ont-ils pas parlé de « serpent » à l'encontre de l'autre récemment ? Les leaders politiques font une erreur capitale en pensant que les gens vont oublier les critiques et les calomnies qui ont été dites l'un contre l'autre ; ce serait mal connaître le peuple mauricien. Par ailleurs, j'estime que les prochaines élections générales seront différentes par rapport aux précédentes élections. Les partis politiques vont éprouver beaucoup de difficultés à réunir les gens lors des grands meetings ou pour les réunions privées. Les Mauriciens vont suivre la campagne sur les ondes de la radio et dans une moindre mesure celles de la télévision, mais ils ne vont pas aller se manifester. Il y aura certes un petit groupe d'accros de la politique, mais la grande majorité des Mauriciens ne vont pas se manifester publiquement.  

Maurice est en train de changer, et on aura tort de croire qu'on pourra continuer à faire de la politique traditionnelle comme cela a été le cas jusqu'à récemment. C'est vrai que cette façon de faire de la politique a été payante durant les années précédentes, mais les données changent. Beaucoup de personnes ne sont pas d'accord avec moi, mais j'estime qu'une transformation s'est opérée dans l'esprit des gens grâce aux radios privées.  

* Mais les réunions nocturnes, et très privées ne vont-elles pas rester ? 

-- J'ai toujours condamné les réunions ciblées qui réunissent les gens d'une certaine caste ou d'une certaine communauté. Je sais que tous les partis le font, mais c'est à se demander s'il existe la pureté des castes à Maurice aujourd'hui ? Est-ce qu'un Mauricien, un hindou par exemple, peut se vanter de la pureté de sa caste ? Je ne le crois pas et je suis convaincu qu'il n'y en a pas, car il y a eu au fil des années un mélange au niveau des différentes castes. De quel ciblage parle-t-on donc ? Par ailleurs, on sait très bien que tout ce qui est dit lors des réunions ‘privées' est vite répercuté en dehors, car il y a des gens qui laissent leur « mobile phone on » pour que les autres puissent suivre les discussions. A quoi donc ça sert, ces réunions ‘privées' ?

Il faut moderniser la façon de faire la politique, et c'est pour cela que j'affirme qu'on fait fausse route si on pense qu'on va gagner les élections en faisant des choses qu'on a faites dans le passé. Les gens d'aujourd'hui réfléchissent, ils savent comment accomplir leurs devoirs civiques lors des élections. On a été témoin de cette transformation chez les Mauriciens durant les dernières années grâce aux radios privées, et c'est pourquoi je salue le rôle des radios privées. 

* Qu'en est-il du profil d'un Premier ministre ? Pensez-vous que les gens ont de nouvelles dispositions par rapport à cette question ? 

-- Je pense que les gens vont trouver difficile à élire un non-hindou comme Premier ministre, du moins pour encore une élection. C'est probable que cela va changer par la suite... Mais est-ce nécessaire que ce premier ministre appartienne à une certaine caste... là je m'en doute fort. Certains au sein des partis politiques parlent en termes des « réalités mauriciennes », mais nous savons tous que ces réalités mauriciennes veulent effectivement dire des réalités castéistes, ce que je condamne. Les jeunes vont avoir une autre approche, il y aura plus de mariages mixtes, de « linkages » entre les différentes communautés, ce qui fait que tôt ou tard l'appartenance communale ou castéiste ne va pas peser lourd dans le choix des Mauriciens en ce qui concerne les premier-ministrables ; ce qui deviendra déterminant, c'est le talent, la capacité, l'intégrité et les compétences du mauricien qui fait de quelqu'un un grand Premier ministre.

* Vous êtes donc en faveur de l'abolition du « best loser system » ? 

-- Je suis contre tout ce qui cantonne les Mauriciens dans les communautés ou dans les castes. Je suis aussi contre le ‘best loser system', parce que même s'il nous a été bénéfique pendant un bon bout de temps pour préserver une certaine harmonie entre les communautés, je crois qu'il est grand temps de revoir certains fondements de notre constitution 40 ans après l'indépendance, dont le ‘best loser system' lui-même. Il faut aussi revoir le pouvoir du Premier ministre et le rôle des institutions-clés. Voyez ce qu'on a vécu récemment en ce qui concerne le conflit entre le Premier ministre et le Commissaire de Police ; il faut avoir un mécanisme pour régler ce type de problème. On ne peut pas avoir un Premier ministre qui refuse de parler avec son Commissaire de Police qui, il faut se rappeler, est un poste constitutionnel. Ce n'est pas possible qu'on personnalise les postes ; il faut voir l'institution et non pas la personne. Si la personne a commis des fautes, qu'on ‘deal' avec lui. Si on se met à placer des gens au rancart parce qu'on n'aime pas la personne, les gens vont se dire que c'est la continuation de la politique « lev paké allé ». On ne peut pas dans une démocratie qui se dit respectueuse du « rule of law », de « equality of opportunity » continuer à adopter une politique de « lev paké allé ». Je trouve que, malgré ses affirmations, Gopalsingh a été contraint de « lev paké allé ». Si ce n'était pas le cas, celui qui a assuré l'intérim n'aurait pas pris des décisions que seul un Commissaire en poste peut prendre.  

* Revenons à la chose politique : il n'y a pas que la question de prime ministership - les leaders du MMM et du MSM vont aussi devoir régler le problème que constitue Ashock Jugnauth. Ou devrions nous plutôt croire que tout est possible en politique, qu'une co-habitation Ashock-Pravind-Bérenger est donc envisageable ?  

-- Je pense qu'avec un peu de compromis de part et d'autre c'est envisageable. Pas seulement Ashock-Pravind-Bérenger, mais même Ramjuttun-Dulloo et d'autres encore qui vont se manifester... il y a toujours cette possibilité de rencontre. C'est pour cela que j'ai toujours dis qu'il faut que les partis politiques de l'opposition s'entendent sur un programme politique. Or, au lieu de s'entendre sur un programme politique, ils sont en train de s'entendre sur les personnalités politiques. C'est dommage que nous soyons arrivés là. Ailleurs, en Angleterre par exemple, Gordon Brown, le Premier ministre, accepte les critiques venant des membres de son parti, cela fait partie du jeu démocratique. Mais, à Maurice, personne n'ose contredire le leader. Alors si Pravind Jugnauth et Paul Bérenger décident qu'ils vont faire une alliance, personne n'osera « voice out » ses opinions. Vous savez, la démocratie électorale existe dans le pays, mais pas à l'intérieur des partis, car les leaders que ce soit Navin Ramgoolam et les autres sont tous des dictateurs. Si les jeunes ne se sentent pas intéressés par la politique aujourd'hui, c'est parce qu'ils réalisent qu'il n'y a aucun moyen pour eux de se frayer un chemin. Il nous faut repenser la politique telle qu'elle est pratiquée à Maurice... 

* Pensez que l'Ile Maurice est prête pour tout cela ?

-- Pourquoi pas ? On a tendance à minimiser le potentiel des Mauriciens et on se dit que, Maurice étant ce qu'elle est, telle ou telle chose ne va pas marcher ici. Il ne s'agit pas de se demander si c'est possible... The question is not : « Why ? », but « Why not ? ».

* Vous disiez auparavant de la possibilité de réunir à la fois Ashock-Pravind-Paul. Mais il y a aussi Dulloo et d'autres premier ministrables en herbe tels que Dayal, Ramjuttun... Un sacré beau monde que le leader du MMM va devoir caser, sans compter sur l'appétit du MSM, n'est-ce pas ?

-- Je considère que c'est un panier de crabes. Le MMM est aujourd'hui devenu un parti de retraités. C'est pour cela que les jeunes ne veulent pas entrer en politique parce qu'il y a les retraités qui ont pris de la place et ne veulent pas bouger. Je ne souhaite pas personnaliser la question, mais il se trouve que les retraités qui souhaitent s'impliquer dans un passe-temps ont aujourd'hui l'option facile de faire de la politique. Alors que l'engagement politique ne peut pas venir à l'age de la retraite. L'engagement politique doit venir dès le début. Les noms que vous avez cités et d'autres encore sont malheureusement, selon moi, « past their sell-by date ». Je pense que le peuple, l'électorat ne va pas accepter cela. L'électorat va trouver qu'un parti qui est composé de retraités ne sera pas à ses yeux « an attractive proposition ».

* Le leader du MMM n'arrive toujours pas à calmer les réticences par rapport à l'entrée de Madan Dulloo au sein de son parti. Parviendra-t-il à caser tout ce monde ?

-- En tant que leader, il pourra imposer ses décisions, et il n'y aura personne qui va le contredire... s'il veut vraiment imposer. Mais s'il peut utiliser certains membres du parti pour faire son « dirty work », c'est bien possible aussi que toutes ces critiques contre X, Y, Z... auraient été téléguidées....

* Je suppose que Sir Anerood Jugnauth s'intéresse toujours, peut-être même de près, à son ancien parti, le MSM. Certains affirment qu'il est maintenant trop vieux pour reprendre le tablier. Qu'en pensez-vous ? 

-- Je ne sais pas s'il est intéressé à faire de la politique active, mais ce n'est pas l'âge qui fait défaut. Il est en bonne santé et il peut facilement retourner sur la scène politique. D'ailleurs John McCain, qui se présente comme candidat du parti républicain aux Etats-Unis, a 71-72 ans. L'âge n'a rien à faire avec la politique surtout qu'il a été engagé en politique dès son jeune age.  

* Est-ce souhaitable, selon vous, qu'un ancien Président de la république revienne pour s'impliquer dans la politique active ? 

-- Pourquoi pas ? Clinton l'a fait aux côtes de sa femme... 

* Ce serait certainement une bonne chose pour le MSM, pensez-vous ? 

-- Définitivement, sir Anerood Jugnauth revenu aux rênes du MSM... ça va changer les données politiques à Maurice. Mais je ne sais pas s'il souhaite retourner en politique. 

* Passons à certains sujets d'acualité générale : quelle est votre opinion concernant la gestion de l'affaire méthadone à l'hôpital Victoria et les incidents impliquant la Voice of Hindu ? 

-- Je trouve dégoûtant qu'un groupe puisse s'arroger le droit d'aller mettre de l'ordre dans une institution publique. J'ai lu quelque part les déclarations des dirigeants de la VOH alléguant que ça a été fait avec les « blessings » des autorités. C'est encore plus condamnable parce que s'il y a un problème de « law and order » dans un hôpital, c'est à la police de sévir. Et non pas une police parallèle. Le VOH est en train de se transformer en une milice populaire qui doit être émasculée le plus tôt possible. Il y a eu dans le passé des milices mais ce n'est pas dans l'intérêt des Mauriciens d'avoir de telles organisations. D'ailleurs de quel Voice of Hindu parle-t-on ? Où était le VOH quand il fallait « voice out » quand on avait mis Madame Jeetun à la porte ? Il n'y avait plus de voix à ce moment-là ! Je peux citer d'autres cas... Il est grand temps de les démanteler, que ce soient des VOH et des autres ‘Voices' qui lèvent la tête et qui provoquent la levée d'autres ‘Voices'. Mais je condamne également la police de ne pas avoir agi, si jamais il y avait un problème à l'hôpital.  

La Constitution donne à la force policière le rôle du maintien de la paix. C'est à la police d'agir. Mais s'il y a des gens qui mettent des bâtons dans les roues de la police, que la police le fasse savoir !... La base même de notre constitution s'appuie sur la séparation des pouvoirs entre l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Le Commissaire de police est protégé constitutionnellement. S'il pense que son institution ne peut pas fonctionner, il a d'autres recours. Mais s'il s'enferme dans un silence coupable, ce n'est pas la force policière qu'on doit blâmer mais celui qui se trouve à la tête de la force policière.

* Vous avez récemment, dans un article de presse, remis en question le pouvoir du DPP dans le cadre de l'affaire Vanessa Lagesse. Expliquez-nous pourquoi le pouvoir du DPP mérite d'être revu... 

-- Je suis d'avis que le DPP doit bénéficier d'une protection constitutionnelle, mais il faut aussi se dire que les pouvoirs du DPP ont été rédigés il y a 40 ans lorsqu'on avait rédigé notre Constitution. Ça n'a pas été modernisé depuis, alors que les choses ont évolué dans le monde par rapport au poste du DPP. En Australie aujourd'hui on demande au DPP de donner des raisons pour ses décisions. Ce que je demande au DPP, c'est de prendre des décisions qui, selon lui, sont des décisions correctes mais qu'il donne des raisons. Prenons l'affaire de Vanessa Lagesse : le magistrat qui entend l'enquête préliminaire décide qu'il y a matière à poursuivre l'affaire au niveau des Assises. Et le DPP vient par un trait de plume prendre la décision qu'on connaît. Ce n'est pas, à mon avis, de la bonne gouvernance. Je ne suis pas en train de dire que Maigrot est coupable, mais quand un magistrat trouve qu'il y a « a case to go to the assises », il faut laisser les Assises écouter l'affaire et donner le verdict qu'il faut. Le DPP ne peut pas lui-même se substituer au jury. S'il le fait, qu'il donne des raisons. Quand il ne donne pas de raisons, là, il y a toutes sortes de spéculations qui portent préjudice, à mon avis, à l'institution. Je dois dire la même chose pour l'affaire Cehl Meeah. Il fallait en donner des raisons. Les raisons auraient pu être testées ; on aurait pu « challenge » ces raisons...  

* L'affaire Chagos connaît actuellement un moment crucial avec les Law Lords du Privy Council appelés à écouter l'appel du Foreign Secretary britannique. Si le Privy Council rejette l'appel du gouvernement anglais, que va-t-il se passer pour les Chagossiens ? 

-- Je trouve que le gouvernement mauricien a fait preuve d'un anti-patriotisme condamnable. Le pays revendique la souveraineté sur les Chagos. Quand il y a eu un procès en cours en Grande Bretagne, c'était le devoir de notre gouvernement d'aller « intervene » dans ce procès pour protéger les droits des Mauriciens. Le procès, je vous le rappelle, c'est entre les Chagossiens, qui sont anglais et le foreign secretary britannique. L'Etat mauricien n'est pas du tout « in the picture » alors que c'était le devoir de ce gouvernement d'aller faire une motion pour « intervene » dans ce procès, cela afin de faire valoir ses intérêts. Le fait de ne l'avoir pas fait risque de mettre en péril notre souveraineté. Parce si la cour décide que les Chagossiens ont le droit d'aller dans les îles de l'archipel, ce sera un droit accordé non pas à Maurice, mais aux Chagossiens qui sont identifiables et qui sont identifiés. Et en tant que « British citizens », ces derniers ont droit aux passeports britanniques ; la plupart ont d'ailleurs déjà pris leurs passeports britanniques. Je crains que notre souveraineté soit perdue par la faute de l'actuel gouvernement. 

Je ne dis pas qu'il fallait demander aux Law Lords de se prononcer sur la souveraineté ; ce que je demande, c'est le droit de Maurice d'intervenir dans ce procès pour faire valoir les droits des Mauriciens, pour aller dire aux Law Lords que les Chagossiens sont également des Mauriciens, et que les droits de ces Chagossiens sont également les droits des Mauriciens. Donc, pas seulement les Chagossiens ont le droit d'aller dans les îles, mais n'importe quel Mauricien parce que c'est le territoire des Mauriciens. De quoi se demander pourquoi le gouvernement ne l'a pas fait. Pourquoi ce silence ?

* Et, le silence de l'opposition ?

-- Egalement coupable. Car ce procès met en péril notre souveraineté. Ce qui se passe aujourd'hui à Londres, c'est que le procès est en train d'identifier un territoire avec une population. Quand les deux vont se réunir, la population et le territoire, l'île Maurice n'est pas dedans du tout. Et, les Chagossiens pourraient demander le droit à l'auto-détermination, il peuvent décider de rester britanniques... D'ailleurs, M. Bancoult a son drapeau...

Source: Mauritius Times



(Message edited by ARSHAAD On 13/07/2008 11:44:15)

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