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Title: Interview : Dev Virahsawmy
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(Date Posted:02/05/2008 08:35:02)

Mauritius Times : Les meetings du 1er Mai valent-ils le déplacement cette année-ci ? 

Dev Virahsawmy : Les meeting du 1er Mai sont devenus de grands fancy fairs depuis assez longtemps déjà. Je me rappelle qu'au tout début du MMM, alors que j'étais Secrétaire-Général de ce parti, je disais que le 1er Mai devrait devenir l'Université populaire, c-à-d une journée pour réfléchir sur les problèmes du pays, débattre des idées et pour proposer des solutions. Nous avions même fait l'expérience au Champ de Mars, ce qui avait amené les journaux de l'époque de titrer ainsi : « Dev Virahsawmy lance l'Université populaire un 1er Mai ». Voilà ce que pour moi devrait être un 1er Mai, mais aujourd'hui c'est devenu un événement dont différentes organisations et toutes les formations politiques s'approprient pour faire une démonstration de force. Cependant toutes ces foules que les partis politiques parviennent à rassembler ne veulent rien dire aujourd'hui parce que derrière tout cela il y a beaucoup d'argent, c'est une forme de corruption de la conscience humaine : on achète des gens avec des possibilités de pique-nique, de bière ou de briani.

D'autre part, il y a des gens qui s'offusquent du fait que les politiques se sont appropriées de la « Fête des travailleurs ». A cela je dis que le 1er Mai a été toujours un rassemblement autour d'un parti politique : au début c'était le PTr qui était lui-même lié à la force syndicale, et le MMM avait pris le relais par la suite. Ce n'est que tout récemment que tous les autres partis politiques sont entrés dans le ‘séga' alors même que le 1er Mai a été dans l'histoire de Maurice associé avec la lutte des socialistes et des sociaux-démocrates, donc du mouvement ouvrier. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, car nous voyons des partis de droite dépenser des fortunes pour attirer les grandes foules.  

* Mais lorsque les dirigeants du MMM affirment que le 1er Mai 2008 sera le dernier du leader de l'Alliance sociale, comment réagissez-vous ?

-- C'est de la rhétorique, c'est un gimmick politique. N'oubliez pas qui a dit cela : c'est Ganoo, qui ne représente rien. Si Bérenger avait dit une telle chose, on aurait pu croire qu'il avait un plan en tête... Personnellement, je ne vois pas comment ça pourrait être le dernier 1er Mai pour Navin Ramgoolam. Je ne vois pas comment l'équipe au pouvoir va perdre le pouvoir, malgré les difficultés que connaît l'île Maurice présentement, lesquelles, faut-il le préciser, sont des difficultés structurelles causées par les problèmes internationaux. A moins qu'ils fassent des bêtises monumentales à la veille des élections. Deuxièmement tout le monde, même ceux qui sont opposés au gouvernement nous disent qu'il faut admettre que la réforme économique a donné des résultats : l'économie est en plein essor, les emplois sont créés, mais il y a d'autres problèmes qui restent en suspens dont ceux liés à l'énergie, la crise alimentaire et -- j'appuierais très fort là-dessus -- le problème qui touche les Afro-Créoles de Maurice. Si on ne fait rien pour résoudre ce problème particulier, il y aura de « big trouble ». Mais si on se met sérieusement à résoudre ces problèmes, je ne vois pas comment le gouvernement de Ramgoolam ne va pas retourner au pouvoir.

* La question créole va sans doute focaliser l'attention ce 1er Mai, avec le rassemblement du père Grégoire et de sa fédération. Paul Bérenger affirme n'avoir « aucune appréhension » même s'il ajoute que Jocelyn Grégoire fait « le jeu de l'Alliance sociale ». Que décodez-vous dans ces déclarations du leader du MMM ?

-- Pour comprendre ce qui se passe, il faut revoir les choses avec un peu de recul. Dans le passé, pour Sir Gaëtan Duval, par exemple, la communauté créole en général mais surtout les Afro-Créoles constituaient son « fixed deposit » -- il en avait la conviction : c'était son électorat. Ensuite est apparu sur la scène politique Paul Bérenger, qui a, petit à petit, grignoté cet électorat et en a pris contrôle au bout du compte. Depuis Bérenger également se comporte comme si c'était son ‘dépôt fixe' -- « so la monnaie content ». Cependant les données commencent à changer aujourd'hui, car il y a maintenant un leader qui émerge et qui n'est pas nécessairement un politique mais un leader charismatique qui pose le problème de façon qu'on devrait le poser et qui propose des solutions claires. Cette personne s'appelle Jocelyn Grégoire. J'ai beaucoup de sympathie pour lui parce que j'estime qu'il fait un travail nécessaire. Mais, en même temps, je voudrais pouvoir m'assurer que ce travail de pression sur les autorités va continuer et ira dans le bon sens. Il a parlé, par exemple, du respect de cette ethnie ; il a utilisé le terme créole, mais déjà cela pose un problème, parce qu'il y a deux types de Créoles à Maurice. Il y a des Euros-Créoles et les Afro-Créoles. J'aurais souhaité qu'on fasse bien la distinction entre ces deux-là, parce qu'ils ne connaissent pas les mêmes réalités et les mêmes problèmes. Car les Afro-Créoles, qui représentent 25% de notre population, sont ceux qui sont « bien dan pince ». C'est faux de dire que la pauvreté touche toutes les ethnies : ni les Blancs, ni les Chinois, ni les Euros-Créoles ne connaissent ce problème. Il y a certes des Hindous et des Musulmans qui sont frappés par la pauvreté, mais il faut qu'on se rende compte que la quasi-totalité des Afro-Créoles se trouvent dans une situation de précarité Le message de Grégoire passe à cause de cela. Par ailleurs Grégoire a aussi eu le courage qu'aucun politicien n'ait eu, c'est de demander que la langue créole entre dans les écoles comme médium d'enseignement, chose indispensable pour la littéracie à Maurice. Donc je considère qu'il y a des choses très positives qui sont dites par Grégoire, et je pense que les gens de progrès, qu'ils soient musulmans, hindous ou chinois, devraient le soutenir, car il est en train de nous apporter des solutions à des problèmes urgents.

* Vous pensez donc que Paul Bérenger a tort d'affirmer que Jocelyn Grégoire est le « Cheval de Troie » de l'Alliance sociale ?

-- Grégoire a opté pour une stratégie très intéressante : il compte travailler « with the government of the day ». Je trouve que c'est une décision très sage. Demain si Bérenger se retrouve au pouvoir, il sera obligé de travailler avec lui. Il ne peut pas se cantonner dans l'opposition alors qu'il existe un pouvoir légitime qui peut aider les Afro-Créoles. Il a donc entièrement raison, et sa stratégie est la bonne, ce qui explique les appréhensions de Bérenger qui sait parfaitement que Grégoire a raison. Et, parce qu'il a raison, il va mobiliser des foules et il va apporter des solutions. Tout ce que Bérenger peut faire, c'est de réclamer la tenue des élections générales et de dire aux Afro-Créoles : « quand je serais au pouvoir, je vais résoudre vos problèmes ». Grégoire par contre dit : « Demain je vais régler vos problèmes. Demain nous allons ensemble régler ces problèmes. » Je trouve que son langage est juste, sa vision est beaucoup plus démocratique et plus efficace parce qu'il accepte de travailler sans parti pris « with the govenment of the day ».

* Le père Grégoire, en réponse à Paul Bérenger, déclare à Bambous durant le week-end qu'il ne prend pas des ordres : « ni avec Ramgoolam, ni avec Bérenger, ni avec Jugnauth » On peut mettre cela sur le compte de la rhétorique le temps d'une campagne de mobilisation, mais le personnage demeure pour beaucoup insaisissable malgré ses intentions affichées. Quelle opinion faites-vous de l'homme ?

-- Je pense que sa force tient précisément de son indépendance : il peut parler à qui il le veut sans se compromettre. Il peut parler avec Bérenger, il l'a fait. Il peut parler avec Ramgoolam, il l'a fait, et je pense qu'il peut aussi parler avec Jugnauth. Il peut parler à tout ce monde parce que, lui, il représente un lobby très important, se constituant de gens qui ont des problèmes très spécifiques. Par ailleurs faut-il se rappeler que la tactique de Bérenger a toujours été de jeter de la boue sur ceux qui ne sont pas d'accord avec lui. C'était la tactique préférée de Hitler, et Bérenger l'a appris à partir du ‘Mein Kamph' de ce triste personnage. Grégoire n'est pas contre Bérenger, il est pour son indépendance. Il œuvre afin que les Afro-Créoles aient une identité propre à eux et il a un programme qui peut leur donner cette dignité. Donc, d'une certaine façon, c'est le leader dont les afro-créoles avaient besoin. Il est là, et il va les aider à résoudre leurs problèmes.

* Est-ce que les foules que l'évangéliste Grégoire arrive à rassembler autour de lui indiquent du point de vue politique un mouvement « away from » le MMM, d'où l'inquiétude de son leader ?

-- Bérenger est inquiet parce que, après avoir perdu les musulmans, s'il perd maintenant les créoles, c'est fini politiquement pour lui. Mais, ce que je trouve très intéressant dans le mouvement de Grégoire, c'est aussi la dimension théologique, celle de la libération, dans son action. On n'a pas mis assez d'emphase là-dessus. Il y a eu une certaine conception du christianisme qui veut que le Christ soit un leader qui mène son peuple vers la libération. Je sens dans les propos de Grégoire, tout comme dans ceux d'Alain Romaine, ce désir d'avoir une théologie qui soit nouvelle et qui soit « close to the people ». Il ne faut pas non plus oublier que Grégoire et son équipe représentent aussi une remise en question de la pratique du catholicisme à Maurice. Donc Grégoire est en train de bouleverser pas mal des données politiques, sociales, religieuses, etc.

* C'est une mouvance que l'Eglise conservatrice n'arrivera pas à endiguer. N'est-ce pas ?

-- L'Eglise catholique de Maurice sera obligée d'accepter les revendications de ce mouvement que représente Grégoire. Parce que c'est un mouvement progressif, c'est un mouvement qui va dans le sens du vrai christianisme, à l'opposé d'une aile conservatrice au sein de l'Eglise qui voudrait résister à cela, comme en voulant, par exemple, maintenir le français comme langue de liturgie, ou certains autres qui voudront même introduire le latin, alors que les progressistes dirigés par Grégoire, Romaine, etc., sont eux en train de développer une nouvelle culture de la pratique du catholicisme. Il ne faut pas oublier que récemment le père Jean-Maurice Labour avait fait une analyse très pertinente dans laquelle il avait dit que le catholicisme à Maurice relève d'une pratique « Made in France » alors qu'il y a nécessité de développer une pratique religieuse qui soit mauricienne et qui puise son énergie à partir du terroir mauricien - un peu à la manière dont l'Arya Samaj l'a fait à Maurice par rapport à l'hindouisme. Donc, il y a là un phénomène extrêmement riche et intéressant qui est en train de prendre forme dans notre société que certains n'arrivent peut-être pas à saisir.

Je dois aussi dire que même si l'Eglise a fait beaucoup d'erreurs dans le passé, je trouve qu'ils ont fait montre de beaucoup de courage pour reconnaître leurs erreurs et prendre en considération les nouvelles orientations. Certes, cela relève d'une question de survie, et ils ne peuvent plus se permettre de se retrancher derrière une idée qui est en train de s'effriter - le berger ne peut pas ignorer le troupeau. Si l'Eglise n'arrive plus à communiquer et à avoir une affinité avec le troupeau, il va perdre le troupeau en fin de compte.  

* Cette théologie de libération va-t-elle permettre à Jocelyn Grégoire de réussir là où d'autres avant lui, les Benjamin Moutou et Armand Maudave, etc., ne l'ont pas pu?

-- Grégoire injecte dans le mouvement une force qui est porteuse d'espérance. Ça ne limite pas à régler de petits problèmes comme, par exemple, ceux qui consistent à se battre pour se réserver un certain nombre de postes pour ses partisans ou autres proches. Jocelyn Grégoire lui est train d'injecter au sein de la population d'Afro-Créole une nouvelle espérance qui est bien plus forte que l'espoir. C'est une espérance de vie nouvelle, une culture nouvelle, une combativité nouvelle... Les Afro-Créoles qui comprendront cela ne seront plus des « dépôts fixes ».

* Pensez-vous que Jocelyn Grégoire pourra réussir son pari en restant loin de la politique active même si sa Fédération regroupe en son sein des politiciens de tous bords, à savoir, un certain Eric Guimbeau ?

-- Je ne sais pas qui sont ceux qui se trouvent dans son entourage, mais je pourrais comprendre qu'il y ait des gens de tous bords qui veulent utiliser le charisme de Grégoire pour gagner leur « boutte ». Mais la question va certainement se poser : est-ce que Jocelyn Grégoire pourra continuer à être le prêtre qui ne fait pas de la politique politicienne ? Nous venons de vivre un événement historique en Amérique latine, au Paraguay plus précisément, où un évêque, qui prônait la théologie de libération, avait senti qu'il devait prendre des distances avec l'église conservatrice, et il est entré de plain-pied dans la politique. Il se retrouve aujourd'hui comme le président de Paraguay. Peut-être que Grégoire se verra obligé de prendre certaines décisions, et je peux comprendre qu'il y a certains qui ont peur qu'il le fasse. Car, si jamais il prend cette décision, il va chambarder les données politiques complètement.

* Et, ce sera davantage plus facile pour ses adversaires de l'abattre politiquement ?

-- S'il maintient la ligne qu'il a développée, on ne pourra pas l'abattre. Mais s'il se met à manipuler à gauche et à droite, à la façon de Paul Bérenger, pour essayer de devenir Premier ministre, là ce sera très facile de l'abattre. Mais s'il reste fidèle à ce qu'il a entrepris de faire ensemble avec des alliés qu'il aura choisis pour que les Afro-Créoles aient leur place au soleil, je ne vois pas qui pourra l'abattre. Grégoire a une leçon à nous donner à nous tous : une leçon de démocratie, de développement, de dignité. Les médias devraient réfléchir sur tout cela. C'est un phénomène nouveau dans la politique mauricienne, et j'ai l'impression que peu de gens ont compris l'envergure de cette nouvelle force qui est en train d'émerger et qui va commencer à ré-écrire la façon de faire la politique à Maurice.

* On ne sait pas ce que les entreprises du secteur privé ont compris ou ont voulu comprendre, mais déjà plusieurs entreprises accordent un soutien à la Fédération en termes de logistique et de financement aussi possiblement, selon ce que nous a rapporté l'express durant le week-end...

-- La grande bourgeoisie mauricienne, les « stakeholders » dans le « big business » doivent eux aussi comprendre que nous sommes, aujourd'hui, dans une situation où des décisions courageuses doivent être prises. Par exemple tout ce mouvement de Grégoire est, à mon avis, aussi lié à une réforme agraire. Parce que dire aux Afro-Créoles qu'on va les défendre, c'est bien mais ce n'est pas suffisant. Il faut les « empower », et l'empowerment doit passer par la propriété des terres -- pas pour une petite maison, mais pour des fermes intégrées, des coopératives de production, etc. Et les grands Blancs qui contrôlent 80% des richesses du pays doivent admettre que leurs richesses sont là grâce aux ancêtres des Afro-créoles. Ils ont un devoir moral vis-à-vis des afro-créoles, et il faut qu'ils se mettent en tête que les terres marginales ne feront pas l'affaire, car il s'agit de donner de bonnes terres à ces gens-là. L'Etat a un rôle important pour les encadrer pour la production alimentaire. C'est dans la production des aliments pour nourrir le peuple qu'ils recouvreront un prestige beaucoup plus grand. Le secteur privé a donc intérêt, s'ils veulent éviter les erreurs du passé quand ils se sont toujours opposés aux grandes réformes, à comprendre cela.

* Robert Mugabe n'a pas vraiment réussi avec sa réforme agraire au Zimbabwe. Navin Ramgoolam a voulu en faire différemment ici et certains l'ont traité des pires intentions voire de tous les noms. Une reforme agraire a-t-elle encore une chance à Maurice ?

-- La réforme agraire est non seulement inévitable, mais c'est indispensable. Mais que l'on apprenne des erreurs commises ailleurs ! Cependant, je dois faire ressortir que les médias occidentaux jouent un jeu très dangereux, et ils sont malheureusement suivis en cela par la presse mauricienne. Ils passent sous silence le fait que Mugabe n'est pas venu avec l'expropriation des terres au début de son mandat en 1980 après la chute du régime raciste d'Ian Smith; il avait négocié avec le gouvernement anglais pour avoir suffisamment de ressources pour acheter les terres que les grands fermiers avaient accaparées en vue de mettre en oeuvre une réforme agraire si indispensable pour le développement de son pays. Mais entre-temps les Conservateurs avaient pris le pouvoir en Angleterre, et alors parler de réforme agraire à Margaret Thatcher, c'était perdre son temps. Donc, Mugabe a dû attendre l'arrivée au pouvoir de Tony Blair pour reprendre la question. Il croyait que Blair allait l'aider et lui accorder les finances pour corriger les erreurs des Britanniques. Vous savez ce que Blair a répondu à Mugabe ? «This is history. We have no responsibility. We have no commitment ! » Mugabe a attendu pendant 20 années, depuis 1980 jusqu'à pratiquement 2000, pour entendre cela. Il n'y a pas eu d'expropriation durant ce temps-là, mais c'est à partir du moment où il voit complètement lâché comme du poisson pourri par le gouvernement britannique qu'il laisse son peuple agir.

On l'a poussé à agir ainsi, et on parle maintenant de ses erreurs... Bien sûr on pourra parler en ces termes, mais qui sont les « villains » dans cette pièce ? D'abord le gouvernement britannique, ensuite les Blancs d'Afrique du sud à un certain moment, mais aussi les Blancs de l'ex-Rhodésie et nos chers compatriotes blancs en Afrique. Eux aussi, ils se sont alliés à Ian Smith. Donc il faut comprendre tout cela avant de jeter le blâme sur Mugabe. Certes Mugabe a commis des erreurs et il doit partir. Mais de là, à le traiter de tyran, de mercenaire ou de sanguinaire, je dis : excusez-moi, il y a des limites à ne pas franchir ! Il ne faut pas oublier que c'est un ‘freedom fighter', il a fait des erreurs, mais cela ne veut pas dire que le Zanu-PF doit perdre le pouvoir. Ce parti a construit le Zimbabwe. Il faut, bien sûr, au sein de Zanu-PF un nouveau leadership, mais il ne faut pas non plus oublier que le parti de Tsvangirai est financé complètement par les grands Blancs. Donc, je dis : faites attention ! Quand on parle de réforme agraire, ne prenez pas le problème zimbabwéen pour dire que ça ne va pas marcher à Maurice.

Ici on va opérer différemment. Il y va de l'intérêt du secteur privé lui-même de se mettre en partenariat avec le gouvernement dans ce grand mouvement de justice sociale, qui va d'abord bénéficier aux Afro-Créoles mais aussi aux descendants des ‘indentured labourers'. S'il refuse d'être un partenaire, le gouvernement serait alors obligé de faire passer des lois pour agir dans l'intérêt public. N'oublions pas que notre Constitution permet à un gouvernement de faire des ‘compulsory acquisitions' pour le développement du pays. Le secteur privé gagnerait à ne pas pousser le gouvernement à prendre cette voie. Le MMM avait, à ses débuts, parlé de la nécessité d'une réforme agraire à Maurice. Aujourd'hui le MMM ne parle plus de cela alors qu'on aurait espéré que ce parti ait soutenu le gouvernement en faveur d'une telle réforme surtout dans l'optique de la crise alimentaire qui se profile à l'horizon. Or, le MMM est obsédé par le pouvoir ; ce qui compte pour ce parti, c'est de se faire une place dans le gouvernement. Pour Bérenger, tout est une question de négociation pour « ene boutte » pour lui-même. Ce qui l'intéresse, c'est de savoir s'il sera Premier ministre pour deux ans, un demi-mois, ou deux semaines... Son programme politique se limite à cela - tout se résume à une question de « ene boutte »...

* En ce qui concerne cette question de « boutte premier ministériel », le leader du MSM s'appuie toujours sur « les réalités politiques du pays » pour exiger un partage du ‘prime ministership' avec le leader du MMM. De son côté, Vishnu Lutchneenaraidoo soutient que « personne ne pourra empêcher Paul Bérenger de redevenir Premier ministre à nouveau ». Comment réagissez-vous à cela ?

-- Quand un parti politique a comme seul programme le poste de Premier ministre, c-à-d, qui va être le PM ? pendant combien de temps ? est-ce que ça va être pendant deux ans-trois ans ? ça ne fait pas sérieux. De graves problèmes guettent le pays, et il n'y a aucune réflexion au niveau du MMM sur l'énergie, la sécurité alimentaire, la réforme agraire, le créole à l'école. Je peux vous citer des dizaines de ‘issues' où le MMM est totalement absent. Nous vivons un moment dangereux dans la vie même de notre pays. Et quand on voit un parti qui se dit être « le plus grand parti » de Maurice qui n'a aucune réflexion sur ces problèmes fondamentaux, on doit faire très attention... parce qu'on risque de se casser la gueule.

* Qu'est-ce qui va se passer, selon vous,après le 1er Mai ?

-- Les négociations vont recommencer, et dépendant des foules, chacun va se dire plus fort que l'autre et exiger des conditions favorables pour soi. Ça va être des mois et des mois de négociations dans cette optique. Il n'y aura pas de réflexion sur les problèmes fondamentaux, car ils vont passer leur temps à jeter la boue sur leurs adversaires...


Source: Mauritius Times 02/05/08

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