-- Joseph Tsang Mang Kin
Dire que l'avenir se bâtit sur le passé, c'est une platitude. Tout le monde le sait. Mais faudrait-il encore bien connaître ce passé, surtout en ce qui concerne les jeunes d'aujourd'hui appelés, à l'avenir, à continuer l'œuvre de bâtir notre pays et d'accomplir sa destinée, comme l'espéraient les premiers conquérants de l'île qui avaient vu en elle: l'Etoile et la Clef de la Mer des Indes. Plus que jamais cette ambition va pouvoir se réaliser, à condition de garder le cap, la hauteur de vue et ne nous laissant point happer par des considérations de politique politiciennes.
Le Roadmap
La toute première chose à garder à l'esprit, c'est le roadmap, que nous a laissé Sir Seewoosagur Ramgoolam, au début de notre Indépendance, lorsqu'il est allé annoncer la naissance du nouvel Etat mauricien aux quatre géants de notre époque : le Général de Gaulle, le Président Léopold Sédar Senghor, le Président Mao et la Première ministre Madame Indira Gandhi, qui allaient en quelque sorte parrainer le nouvel Etat mauricien et lui servir de génies protecteurs. Par les deux premiers SSR nous fait entrer en Afrique : l'OCAM, les EAMA puis la CEE, les accords de LOME et le Protocole sucre. C'est ce qui a assuré notre développement économique durant ces trente dernières années avec l'expansion de nos industries du textile et du tourisme.
Avec l'Inde et la Chine, c'est une relation fondée sur une profonde et sincère amitié qui a fait preuve de soutien et de solidarité sans arrêt depuis toutes ces dernières années, jusqu'a maintenant.
Mais c'est maintenant que notre devenir doit être imaginé, pensé avec énergie et volonté... Nous devons savoir ce que nous voulons, énoncer la place que nous voulons pour notre pays dans l'Océan indien et sur la scène internationale. En d'autres mots, face à la mondialisation, que faire ?
Imaginer l'avenir et mettre en place la stratégie appropriée.
Quel avenir ? L'Inde et la Chine fêtent leur centenaire
Je ne peux m'empêcher de me rappeler la leçon reçue de la bouche même de SSR, qui m'a dit un jour : « Dans tout ce que vous faites, pensez aux conséquences dans 20 ans d'ici.. » Et je l'applique.
Deux fois 20 ans d'ici là, il y aura deux centenaires, qui vont secouer la planète entière. D'abord, celui de l'Indépendance de la République indienne, le 15 août 2047. Ensuite, le centenaire de l'instauration de la République Populaire de Chine, le 1er octobre 2049. Il va sans dire que ces deux géants vont y mettre le paquet. Et entre les deux, Maurice aura alors 80 ans ! Et entre l'Inde et la Chine, deux puissances économiques, scientifiques, technologiques et politiques de la planète. Une chance, si elles n'auront pas une seule monnaie comme l'a suggéré il n'y a pas longtemps un universitaire de la Nouvelle Delhi.
Nos deux piliers seront l'Inde et la Chine durant tout le XXI siècle. Ces deux pays vont nous aider à passer le cap du sous- développement et à atteindre le statut de pays développé. Maurice sera le modèle de l'île nation, hautement développée et prospère. Il faut tout simplement garder le roadmap légué par Seewoosagur Ramgoolam. Maintenir et intensifier nos relations avec l'Inde et la Chine sans jamais oublier la France et l'Afrique. Car l'Afrique aura alors réalisé la vraie Union africaine, union douanière ou peut-être marché commun, avec le SADC et Comesa réunis. Elle représentera un marché de plusieurs centaines de millions d'habitants. La place de Maurice dans cette conjoncture? C'est d'être au carrefour de l'Asie et de l'Europe. Il est évident que nous ne pouvons que vouloir être à côté d'eux.
Etre entre ces deux pays amis, se trouver à côté d'eux, c'est la plus grande réussite que l'on pourra espérer si, avec leur soutien, notre pays sera modelé comme un succès, un exemple pour le monde. Ce sera un moment de grande victoire, de triomphe pour Maurice. Nous pouvons, d'ores et déjà, imaginer l'existence d'industries et d'entreprises florissantes à Maurice, des joints partnerships entre Chinois et Mauriciens et, en même temps, entre Indiens et Mauriciens. Sans oublier notre présence sur le continent africain !
Opportunités pour les transculturels
Petite digression avant de revenir à l'essentiel. Il y a certes des opportunités que nous loupons faute de réflexions et d'analyse. Voici un exemple. Le Président Jacques Chirac a conduit une délégation d'hommes d'affaires français en Inde en février 2006, et tout de suite de nombreuses entreprises françaises s'installent dans le sillage de cette visite. Quelle opportunité pour nos compatriotes ! Mais que faisons-nous ? Rien ! Pensez-y : d'un côté, les Indiens sont anglophones et asiatiques, avec une culture non occidentale et ne parlent pas français. Et de l'autre, les Français ne parlent pas anglais, ont une culture différente, ne connaissent pas la mentalité indienne, la culture commerciale ou le protocole social chez l'Indien de l'Inde. Les deux peuples ne se connaissent pas. Ils ne savent pas encore ce qu'il faut dire et faire ou ne pas dire et ne pas faire ! (Même problème quand les Européens sont arrivés en Chine... Des livres ont été écrits pour expliquer tout cela !!) Or le Mauricien parle anglais et français, comprend la culture française et vit la culture indienne. Ils sont donc l'interface idéal, et ont leur place dans ces nouvelles relations commerciales et culturelles des entrepreneurs français en Inde. A condition que les jeunes qui s'intéressent à trouver des opportunités dans ces entreprises maîtrisent parfaitement l'hindi ou le tamoul selon le lieu d'implantation des entreprises et reçoivent une formation appropriée pour être totalement qualifiés et indispensables !
Autre exemple : On sait que des entrepreneurs mauriciens se sont ruinés en essayant d'implanter des industries à Madagascar (et même au Ghana durant les années 80). Ils ne connaissaient pas la mentalité ou ‘mindset' de leurs partenaires. Certains ont appris sur le tas et savent pourquoi leurs centaines d'employés ne peuvent pas recevoir leurs salaires en même temps mais qu'ils doivent être divisés en plusieurs groupes et les paiements doivent être échelonnés. Et des tas d'autres petits trucs que l'on n'enseigne nulle part dans les livres ou les universités.
Que faire ?
Revenons à l'horizon 2050 que nous étions en train de regarder. Ce pourra être un moment de gloire pour Maurice. Mais que devons- nous faire aujourd'hui pour préparer ce grand moment, pour ne pas le rater ?
D'abord, faire un audit de nos atouts. Le tout premier, je crois, est notre multiculturalisme, c'est-à-dire la coexistence de plusieurs cultures dans un même pays, le nôtre, notre Ile Maurice, sans oublier Rodrigues. On peut vivre les uns à côté des autres sans se connaître, comme les cités indiennes en dehors de Londres sans s'influencer ou pire, se détester et s'entredéchirer comme font Tamouls et Cingalais, ce que nous ne voulons nullement chez nous. Heureusement, nous sommes allés plus loin. Notre multiculturalisme a évolué positivement et nous sommes au début de la transculturalité, c'est-à-dire dans les relations et l'interaction entre les différentes cultures, phénomène qui n'existe et qui ne se vit que dans notre pays. D'ailleurs j'ai cherché en vain le mot transculturalité dans le dictionnaire, ce qui prouve que ce phénomène n'existe pas encore ailleurs ; il existe chez nous.
Nous avons de nombreuses connaissances les uns des autres et une possibilité de comprendre ce qui se passe dans l'esprit des autres peuples de la terre, car leurs croyances, leurs religions et leurs cultures d'Asie et d'Europe, en symbiose dans notre île, nous permettent d'accéder à de multiples façons de voir le monde et de gérer les réalités qui nous environnent. La transculturalité des Mauriciens, acquise et vécue dans un milieu de complexités culturelles et religieuses, est unique au monde. C'est ce que nous avons et que la plupart des pays du monde n'ont pas. C'est notre acquis capital, je dirai même son fonds de commerce. Personne ne me contredira si j'affirme que le quotient multiculturel du Mauricien, compte tenu de sa connaissance et son respect des autres cultures et religions, développés et entretenus dès son enfance, est des plus élevés au monde, et j'ajouterais même, bien plus que celui de nombre de chefs d'Etat ou de gouvernements de pays fort puissants de la planète.
Notre multiculturalisme peut être un capital attrayant et bien productif. Maurice est très bien placée pour vraiment comprendre les autres, les autres cultures, parce que tolérante et ayant, au cours de ces deux derniers siècles, appris à vivre avec les différentes cultures. Sans fausse humilité et sans fausse modestie, les Mauriciens sont les mieux placés au monde pour comprendre le monde et expliquer au monde ce qu'il ne faut pas faire et ce que l'on peut faire pour amener la paix dans le monde. C'est pour cette raison que notre Multiculturalisme doit, par nos efforts conscients et collectifs, devenir notre transculturalité. En commençant par un effort personnel en vue d'intégrer en soi-même, dans sa psyché, les différentes cultures qui nous entourent et les mettre à dialoguer entre elles. La transculturalité constitue un capital inestimable
Ecole de la Transculturalité
C'est un capital inestimable à mettre en valeur, à exploiter. Il faut éduquer pour préparer et gérer cette situation qui n'attend qu'à devenir profitable si seulement nous le voulons. En somme faire de notre diversité culturelle une force irrésistible, un capital incontournable qui permette d'aider à la compréhension entre nations du monde.
Or déjà chez nous, entre nous, entre nos institutions, nous pourrions faire tomber les barrières, faire avancer le concept. Il faudrait cesser de regarder le ministère des Arts et de la Culture uniquement comme un agent de distraction, de pourvoyeur d'amusement ou encore simple organisateur de célébrations ou de commémorations de nos quatre grandes fêtes culturelles nationales. Il faudrait en faire un vivier, un conservatoire de nos atouts capitaux et qui plus est, enrichis par la recherche et la réflexion, consolidés par la pratique et transmis par l'enseignement. Il faudrait une coopération étroite entre ce ministère et le ministère de l'Education et les institutions de l'enseignement tertiaire ou l'IVTB, mettre au point des programmes pour faire des Mauriciens de véritables transculturels. Pourquoi ne pas penser à la création d'une grande Ecole, pour enseigner au départ, ce que nombre de Mauriciens apprennent dès leur jeune âge, c'est-à-dire la diversité culturelle et religieuse et surtout la tolérance mutuelle qui nous ont permis de vivre dans la paix et l'harmonie... Mais il faudra aller plus loin. Cette grande Ecole sera l'Ecole pour qui veut apprendre à connaître le monde, et sera ouverte à la fois aux Mauriciens et étrangers, pour leur apprendre tous à devenir de transculturels et internationalistes.
Cette formation sera destinée non seulement aux agents du tourisme et autres concernés de Maurice mais aussi, sinon davantage, à tous ceux qui auront à traiter ou agir comme agents entre hommes d'affaires et entrepreneurs de différentes traditions, langues et cultures ou traiter directement avec elles.
Le rôle de l'Université
Il faudrait amener l'Université de Maurice à s'engager résolument dans le développement, d'abord en suscitant la réflexion et la recherche, ce qui ne semble pas être son fort, préoccupé uniquement à délivrer les diplômes ! Quel est son rôle dans le développement économique et social du pays ? Réfléchit-elle sur l'avenir du pays, sa place et son rôle face à la mondialisation? Fait-elle des propositions ? Organise-t-elle des débats de réflexions sur la place de Maurice dans le monde de demain ?
D'ores et déjà, l'Université peut jouer un rôle considérable : mettre au point un cursus de transculturalité, ce qui permettra aux jeunes dirigeants d'ici et d'ailleurs de s'instruire, de comprendre la richesse et les bienfaits apportés par la diversité culturelle et surtout atteindre un des plus vieux rêves de l'humanité : éviter le clash des civilisations qui annoncent les guerres.
Je suis convaincu que Maurice a quelque chose à apporter dans le domaine de la gestion des affaires en tenant compte des différences d'ordre culturel et de mentalité. A Maurice de produire ses Stephen Covey, Lester Truro, avec un nouveau paradigme qui inclut le concept de la diversité culturelle et de la transculturalité.
Exploiter le jumelage avec les villes amies
Désormais, il faut mettre toute l'île Maurice dans le coup, et toujours penser en termes de réseaux, de partage, d'échanges. Il nous faut libérer toutes les forces créatrices bloquées par le cloisonnement, la bureaucratie, tout ce qui étouffe. Libérer par l'éducation pour assurer la prise de conscience de notre richesse culturelle considérable.
Nous avons établi des jumelages avec bon nombre de pays. Cela paraît très bien de voir les nombreux panneaux de jumelage affichés à l'entrée de la Mairie de Port-Louis. Mais on ne peut, en même temps, se mettre à se poser des questions. A quoi servent ces jumelages ? Il est temps que les Conseillers municipaux se mettent à réfléchir sur la meilleure manière de faire vivre ces jumelages. Cultivons l'amitié avec ces villes jumelées.
Dans le même élan il nous faudrait ouvrir des consulats dans plusieurs villes clés de Chine et de l'Inde, nous y former et nous approvisionner dans les domaines d'avant-garde, la technologie informatique, la biotechnologie, la neotechnologie. Dans cette perspective, notre présent, bien avant même notre avenir, promet d'être très florissant.
Continuer l'exercice de démocratiser l'économie
La source de nos problèmes continue d'être l'absence d'un level playing field pour tous. Il faudrait donc continuer et réussir le social engineering pour permettre aux classes défavorisées par le développement actuel d'intégrer le courant national
Il faudrait donner l'occasion à tous les enfants du pays, sans distinction de classe ou de race ou de caste ou de couleur ou de religion, d'avoir des chances égales de s'instruire et d'exercer leurs compétences et créer les entreprises qui leur garantissent une vie réussie.
Imaginez la puissance des banques indiennes et chinoises, vers le milieu du siècle. Pourquoi attendre aussi longtemps que ça pour que leurs banques aident et participent avec nous à la démocratisation de l'économie mauricienne ? Elles peuvent tout de suite nous prêter les ressources tant nécessaires pour assurer un véritable bond en avant à nos petites et moyennes entreprises. Dès maintenant, aujourd'hui même, il faudrait convaincre les banques nationales et commerciales de ces deux grands pays à venir ouvrir des succursales dans villes et villages. Ce qui aura aussi l'effet de démocratiser l'accès sans discrimination aux capitaux et prévenir les irrégularités massives de banques locales, d'ailleurs dénoncées par l'expert singapourien.
Le malaise et la question identitaire
C'est encore l'absence d'un level playing field la cause de tous nos malaises. Il ne faudrait pas que les frustrations d'ordre économique poussent au ghetto identitaire, l'enfermement ! Ce serait dommage et une perte pour le pays.
Il est grand temps de recentrer les débats sur la question de son identité en mettant en premier sa mauricianité, sa qualité de Mauricien. En finir avec les appellations divisantes, cloisonnantes qui nous rappellent le siècle dernier, mais regarder l'avenir comme un peuple uni. Et voilà que nous ne sommes pas vraiment prêts à nous appeler Mauriciens tout court, parlons, en attendant, de Mauriciens-hindous, Mauriciens-créoles, Mauriciens-musulmans, Mauriciens-chinois ou encore, Mauriciens-français. On place sa qualité de Mauricien en premier et on la précise en ajoutant sa qualité religieuse ou culturelle. D'ailleurs, je peux m'enorgueillir d'avoir été le premier à faire entrer le mot « créole » et à faire reconnaître la réalité de la culture créole pour la première fois en droit mauricien, lors de la création du Centre Nelson Mandela.
Mais de grâce, cessez de mettre l'ethnie ou la religion en premier ! Si les vieux ne croient pas qu'ils sont dépassés avec leur attachement rétrograde, qu'ils posent la question aux jeunes ! A commencer par les lauréats de la dernière cuvée qui se sont déjà prononcés.
Réunissons-nous donc en tissant ensemble les préoccupations sectorielles en un vaste tissu qui serait la culture mauricienne, le bien de tous les Mauriciens, à toujours enrichir et mauricianiser. Oui, comme nous avons mauricianisé le carri massala ou le mine frire ou le brillani. C'est dire qu'aujourd'hui nous n'avons plus de barrières entre les cuisines, entre nos différentes ethnies. La Nation mauricienne est en train de se faire, quoiqu'on dise...
Les langues de l'Inde et de la Chine
Les langues de l'Inde ou de la Chine qui, avant notre Indépendance, étaient dépourvues de charme et n'avaient rien pour séduire, sont appelées à une haute destinée. Ayant compris la place de l'Inde et de la Chine dans le monde de demain, on n'a pas à nous convaincre, nous Mauriciens, de l'importance de posséder une langue de l'Inde (l'hindi ou le tamoul ou le télougou) et certainement le chinois. D'ailleurs les plus nombreux à s'inscrire au Centre Culturel de Chine ne sont pas ceux à qui l'on pense: ce sont les Mauriciens-musulmans, les marchands ambulants qui sont les plus nombreux à se rendre en Chine, surtout aux Foires de Canton
Celui qui possède l'anglais et le français, plus une langue indienne ou le chinois, le putonghua, a son avenir assuré. Quelle chance donc pour les Mauriciens ! Sans oublier le nombre de Mauriciens, de culture non chinoise, ex- ambassadeurs et professeurs d'université, déjà conscients de leur transculturalité, enseignent dans les universités en Chine et y préparent l'avenir de leurs enfants. Ou tel enfant de famille créole après des études en Inde se trouve à la tète d'entreprise à la Réunion ! Je plaide fort pour le maintien et la maîtrise de l'anglais et du français, langues qui nous donnent accès à la connaissance, à la science, à l'internet, à l'humanisme, soit le français et l'anglais, sans lesquels nous ne serons plus ce que nous sommes, Mauriciens. Ne jamais lâcher ces langues, dis-je.
Halte à la politicaillerie et confiance aux jeunes
Cesser le jeu politicien qui consiste à dénigrer les autres sans avoir soi-même une vision ou des projets d'envergure pour le pays. Voilà un rôle pour l'Université qui a l'occasion de se hisser à la hauteur, en invitant les hommes de réflexion et d'expérience, les femmes st les hommes de bonne volonté, de tous les bords, quels que soient leurs partis, à réfléchir ensemble dans un but constructif, à l'avenir du pays.
Ce serait à vrai dire donner aux jeunes d'aujourd'hui, qui réfléchissent chacun dans son coin, sans grande confiance dans nos politiques, l'occasion dans une réflexion collective, en dehors des conditionnements et des préjugés de race ou de castes, et de contribuer de par leurs réflexions. C'est indispensable, et c'est une chose saine que les jeunes nous interpellent, remettent en cause nos certitudes, car, ce faisant, ils mettent en place les bases de la société dans laquelle ils seront appelés à vivre, et non le nôtre actuellement dépassé par des considérations de caste ou de communautés qui étouffent, et que nos jeunes rejettent en voulant un monde lavé de préjugés que nous continuons à charrier depuis le siècle dernier.
Ce sont les jeunes qui symbolisent l'avenir du pays. Ecoutons les, c'est à eux de préparer dès maintenant la société de demain dans laquelle ils seront appelés à vivre quand nous, les aînés seront partis. C'est en les écoutant que nous éviterons les conflits de génération. Je m'explique : le présent, aujourd'hui, que nous vivons, n'a pas le même sens pour les jeunes. Ce présent, c'est l'avenir de ceux-là qui avaient 20 ans à l'indépendance. Ils ne pourront aller au-delà de leur avenir, c'est-à-dire ce présent que nous sommes en train de vivre maintenant, et qui est le nôtre. Or, pour les jeunes, ce présent qui nous rassemble et qui est notre avenir, n'est pas leur avenir, qui est encore à venir. Ils n'en veulent pas, ils l'écartent car ils voient au-delà de nous, au-delà de notre présent, qui est déjà leur passé. Ils ont hâte de tourner la page. Ils fixent leur regard sur leur avenir que les aînés ne voient pas et qu'ils veulent construire dès aujourd'hui, pour eux-mêmes demain, et dans lequel les aînés n'auront pas de rôle et pas de place. Pour la bonne et simple raison qu'ils ne seront pas là. Si les aînés parviennent à comprendre cela, ils soutiendront davantage les jeunes et les aideront à mieux se réaliser. Il faut chez l'aîné de l'ouverture, de la vision et de la générosité.
Dernière chose ou plutôt le Tout Premier Pas
En tout premier lieu, je crois qu'il faudrait qu'il y ait accord unanime sur la vision de ce futur possible et en deuxième lieu accord sur la volonté collective de l'atteindre et ensuite la volonté tenace de tout mettre en œuvre pour l'atteindre.
En deuxième lieu, avec le choix politique de considérer tous les Mauriciens comme Mauriciens, sans faire de distinction entre les ethnies, les castes, la couleur de l'épiderme. Pas de communalisme, ni de racisme. Aucune personne ne doit plus se sentir lésée, défavorisée, laissée de côté. Les responsables de la destinée des Mauriciens doivent les traiter tous avec le même respect, la même considération et la même équité. La confiance établie, il sera facile de faire appel à toutes les ressources humaines, toutes les compétences du pays.
Conclusion
Hier, en nous amenant aux Nations-Unies, SSR a créé l'Etat mauricien. Aujourd'hui, il nous reste à créer la Nation mauricienne. Et en faire une Nation riche, unie, prospère et solidaire. Pour réussir cette grande œuvre, il faudrait définitivement tordre le cou au communalisme scientifique, la forme la plus rétrograde du communautarisme qui consiste à favoriser ou de pénaliser les Mauriciens en raison de leur caste ou ethnie, pour des basses raisons d'opportunités électoralistes.
Tourner le dos à ce réflexe rétrograde, ce sera donner à la jeunesse du XXIème siècle le message d'espoir qu'elle attend des aînés. C'est leur donner l'occasion de soutenir le parti de la modernité, de la rénovation et de l'enrichissement de notre vie politique. Ce sera donner à Maurice la preuve que la Nation mauricienne a commencé à se faire.
Joyeux anniversaire à Maurice pour ses 40 ans ! Et rendez-vous en 2048 !
Joseph Tsang Mang Kin
Mauritius Times