
Deux événements l'ont rendu célèbre. Aux législatives de 1976, Me Suresh Moorba brigue les suffrages au No 4 (Port-Louis Nord/Montagne-Longue), sous la bannière du Mouvement Militant Mauricien (MMM). Coup d'essai, coup de maître pour ce jeune avocat qui arrive en tête avec 9 617 voix, suivi de ses deux colistiers Lloyd Baligadoo (9 610 voix) et Sylvio Michel (9581 voix). Les trois mauves devanceront les candidats alignés par le parti de l'Indépendance. Un grand nom de la politique locale, sir Gaëtan Duval, n'est classé que cinquième avec 5 800 voix.
Il est aussi connu pour avoir été victime d'un regrettable incident. Nous sommes vers la fin des années 70. Suresh Moorba anime un meeting en solo, rue St-Denis, à Port-Louis, pour expliquer son départ du MMM. A un moment, on lui balance au visage un récipient rempli de matière fécale. Aujourd'hui, si l'intéressé concède qu'un récipient a été bel et bien lancé dans sa direction, cependant il en réfute le contenu. "Ce n'était que de l'eau sale", se défend-il.
Après son départ du MMM, Suresh Moorba lance le Parti Progressiste Populaire (PPP). Faute de moyens financiers, cette formation ne fera pas long feu. Sir Veerasamy Ringadoo, alors ministre des Finances, l'invite alors à se joindre au Parti Travailliste (PTr). Il accepte et sera nommé ministre de l'Information. "J'ai occupé ce poste pendant deux ans ou deux ans et demi", se souvient-il.
Après la débâcle du PTr en 1982, le bouillant avocat quitte la scène politique pour de bon. Il entend se concentrer exclusivement à sa profession. Aujourd'hui, âgé de 67 ans, il n'est pas prêt d'abandonner sa toge. Malgré sa santé fragile, l'avocat continue à arpenter les salles d'audience quand ses services sont sollicités. Sinon, il reste chez lui.
Rue Leclézio, Curepipe. Une maison (Résidence Château d'O), dont la façade est délabrée, ressemble à un château en ruine. C'est ici que vit Suresh Moorba. C'est un de ses clients, qui a émigré en Afrique du Sud, qui lui a vendu cette propriété de dix-huit perches. Des feuilles jonchent le sol. La porte d'entrée est grande ouverte. Au premier étage, un berger allemand ne cesse d'aboyer. Pour pester contre notre présence.
"J'étais beau ..."Vêtu d'un peignoir - son vestimentaire de prédilection durant les interviews - l'ancien ministre s'avance d'un pas lent. Puis, il nous invite dans une pièce qui fait office de bureau. Une photo fixée au mur montre un type tout souriant les cheveux repoussés en arrière. "C'est moi. Elle a été prise il y a une trentaine d'années. Comme j'étais beau à l'époque ! N'est-ce pas ?" plaisante-t-il.
Avec l'âge, sa chevelure s'est raréfiée. Deux effigies, celle de Shivaji, le guerrier marathi qui a combattu les Moghols en Inde au dix-septième siècle, et celle du Bienheureux Père Laval, ne passent pas inaperçues. La bibliothèque est à moitié vide. Quelques livres seulement sont rangés sur les étagères poussiéreuses. Parmi, "Saddham Hussein : a secret life"; "Inside the secret life of Ossama Ben Laden" et une collection sur la Seconde Guerre mondiale. "J'ai offert des centaines de livres à des amis. Je lis rarement ces derniers temps", indique le maître des lieux.
1969. Suresh Moorba prête serment comme avocat. Dynamique, il veut lancer un parti de gauche. Il en fait part à son ami Jooneed Jeerooburkhan. Qui l'informe qu'un nouveau parti, le MMM, l'a précédé. Peu après, Suresh croise le chemin de Paul Bérenger. Au début, tout baigne entre les deux hommes, mais, après quelques années, ses relations avec le leader des mauves deviendront tumultueuses.
"J'ai démasqué Bérenger. Il fait le contraire de ce qu'il dit. Malgré que j'aie battu sir Gaëtan Duval en 76, il n'a pas eu la moindre considération pour moi. On m'a réservé le dernier siège au Parlement. Bérenger me traitait ainsi car je ne suis pas un ‘Vaish'. Or, j'avais les qualités pour devenir le leader du MMM, voire le Premier ministre."
La balle n'est pas partieBon vivant, Suresh Moorba a aussi connu des moments difficiles. Peu après avoir quitté le MMM, il sombre dans la dépression et tente de se suicider. "La vie n'avait plus de sens pour moi. Un jour, j'ai sorti mon revolver. J'ai pointé l'arme sur ma tempe. J'ai fermé les yeux et j'ai appuyé sur la gâchette. A mon étonnement, la balle n'est pas partie. Il se peut que le revolver ne marchait plus car cela fait longtemps qu'il n'avait pas été utilisé! C'est quelques minutes après que je me suis ressaisi."
S'il ne se souvient plus de la marque du revolver, il se rappelle néanmoins l'avoir acheté pour sa sécurité car il dit avoir reçu des menaces de mort après son départ du MMM. "J'ai ensuite offert l'arme à un ami."
Des années plus tard, Suresh Moorba comprendra combien la vie est précieuse. Il y a cinq ans, alors qu'il se douche, il est victime d'une électrocution due à une défaillance du chauffe-eau. "Les médecins croyaient que j'allais mourir". Il en garde toujours des séquelles, n'arrivant pas à se déplacer convenablement.
Passionné par son métier, Me Suresh Moorba a défendu plusieurs suspects. Un de ses clients connus est Hassen Jeewooth, alias le Roi du centre et baron de la drogue, qui vient d'être libéré après treize années de prison.
Ceux qui côtoient notre interlocuteur ne manquent pas de commenter l'état de sa toge. Elle est tellement usée qu'elle est trouée par endroits. De sa couleur noire originelle, elle a presque tourné au marron. "Ma toge est certes élimée. Mais je continue à la porter avec fierté. Son état traduit bien ma longue carrière au barreau !"
De l'histoire au droitSuresh Moorba grandit à Belle-Rose. Son père, Narain, un Marathe, est bijoutier. Il se convertira en taximan avant de devenir chauffeur d'autobus. Sa mère, Basantee, née Ramchurn, est, dit-il, une ‘marazine'. Le couple a cinq enfants, deux fils et trois filles. Suresh en est le deuxième. Par la suite, sa famille emménage à Vacoas.
Le petit Suresh fréquente l'école primaire d'Aryan Vedic. Ses études secondaires, il les fera dans un ‘ti-collège' des Plaines-Wilhems. C'est en tant que candidat privé qu'il prend part aux examens de Form V. Il choisira ensuite l'anglais, le français et l'histoire à l'Advanced Level. Durant ses heures libres, il dévore littéralement des livres. Ses auteurs préférés sont Victor Hugo, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert et Emile Zola. Alors qu'il participe à un ‘débat' à la municipalité de Vacoas/Phoenix, Suresh Moorba se fait remarquer par ses qualités d'orateur. Un assistant surintendant des Prisons est tellement impressionné qu'il va à sa rencontre et lui demande s'il ne veut pas embrasser une carrière d'avocat. "Je lui ai expliqué que je n'avais pas assez d'argent et que j'étais plutôt intéressé à faire une licence en histoire. Il m'a promis de m'aider financièrement à condition que j'étudie la loi. Il m'a envoyé à l'Université de Londres. C'est comme ça que je suis devenu avocat."
Me Moorba en cinq repères
Statut social : marié à Meera, une fille du Sud. Le couple a deux fils (toujours célibataires) et une fille. Celle-ci, qui s'est établie à l'étranger, a une fille.
Acteur préféré : Laurence Olivier.
Actrice préférée : Vanessa Redgrave (une militante anglaise communiste).
Film culte : Camelot, film consacré à la légende du roi Arthur, adapté du roman de T.H White.
Son avocat préféré : sir Hamid Moollan.
Dad Manouraj Gungea , Le Defi Plus