
Fils de l'ancien maître d'école Mamode Aniff Domah et Jannatounissah Beebeejan, ce haut cadre de Constance S. E. , menait une vie pantouflarde avec son épouse Rashida Bibie (née Moorbannoo), sa fille Aadila (lauréate de la cuvée 2004) et son fils Nadiim (étudiant au collège St Andrews) quand ses accointances dans le milieu politique vinrent quelque peu déranger leur quiétude. Côtoyer les politiciens est une passion qui exige des sacrifices. Anwar Domah, campaign manager de l'Alliance Sociale aux deux dernières élections générales dans la circonscription No 3, l'a appris à ses dépens. Il abhorre ceux qui, une fois élus, oublient leurs mandants et leurs promesses. Il laisse parler son coeur.
-Interview de Anwar Domah, campaign manager de l'Alliance Sociale au no 3.
Anwar Domah, à quand remonte votre engagement politique? Qu'est-ce qui vous y a poussé?- Swaley Kasenally, mon oncle, étant très proche de lui, j'ai voulu lui donner un coup de main quand il était candidat au No 13, sous la bannière MMM. Ce fut une époque difficile, remplie d'embûches; mais, historique.
Quitter le No 13 pour le No 3, le MMM pour le Parti Travailliste, c'est quand même un changement radical. Expliquez-nous le pourquoi? - Quand Swaley Kasenally s'est éloigné de la politique, je me suis rapproché du Dr Beebeejaun, autre oncle, qui était aussi notre médecin de famille. Il ne faisait pas de la politique active, mais tout le monde sait qu'il était très proche du MMM, particulièrement de Paul Bérenger. Après la cassure du MMM, et la naissance du MSM, vu qu'il était un élément valable de la communauté, j'ai essayé de le convaincre à faire de la politique active, d'autant plus qu'il s'y intéressait passionnément, de loin. En 1995 donc, j'étais à ses côtés pendant la campagne électorale. Après la scission du gouvernement,j'ai pris, comme lui, mes distances du MMM. Contrairement à d'autres, il a refusé d'être un suiveur. Il a agi après mûre réflexion. C'est grâce à lui que la communauté musulmane n'est plus le dépôt fixe pour lequel elle passait.
Vous, vous suivez celui qui n'est pas suiveur ...- Je n'ai pas accepté la trahison du MMM envers un homme qui agissait pourtant en bâilleur de fonds. A maintes reprises, j'ai vu Paul Bérenger chez lui à Beau-Bassin, au temps où son parti éprouvait des difficultés financières.
Vous êtes donc devenu ‘travailliste' et, en plus, campaign manager de l'Alliance Sociale... - Oui, à la requête du Dr Abu Kasenally, en 2000. J'ai accepté aussi parce que j'ai de l'estime pour le Dr Navin Ramgoolam.
C'était difficile de prendre d'assaut la citadelle mauve?- Oui et non. Oui parce qu'il fallait abattre un travail herculéen sur le terrain. Non, parce que la majeure partie de son électorat traditionnel ne voulait plus être le dindon d'une farce qui aurait trop duré.
Quels souvenirs vous a laissés cette campagne?- Il y avait un trio de médecins, des candidats valables. Ma maison était devenue une base d'opération électrisée. L'ambiance, l'enthousiasme des agents, les réunions qui se succédaient à un rythme trépidant, la boustifaille chez moi après minuit... enfin c'était un épisode fascinant, avec ses bons et tristes souvenirs ...
Pourquoi tristes?- La défaite sur le fil du Dr Abu Kasenally et celle du Dr Anwar Husnoo. Nous n'avions que 16 jours pour faire campagne. C'était quand même une performance plus qu'honorable. Siddick a été le premier à fissurer la citadelle mauve. J'ai eu aussi à faire face aux conséquences: ma famille et moi avions subi des pressions. A un certain moment j'ai voulu tout abandonner, aller à l'étranger, émigrer ... Mais à chaque fois qu'il venait à la maison, Navin Ramgoolam me disait que justice serait faite avec le retour du Parti Travailliste au pouvoir. Si en 2005 il n'y avait pas eu une campagne mensongère et abjecte contre Siddick Chady nous l'aurions remporté par 3-0
Est-ce que justice est faite maintenant que le Parti Travailliste est au pouvoir?- La communauté musulmane respire au moins. Elle n'est plus ‘ghettoïsée', l'épée de Damoclès n'est plus suspendue sur sa tête. Des injustices ont été corrigées, mais il reste encore beaucoup à faire. L'Alliance Sociale doit montrer sa gratitude envers un électorat sans qui elle ne serait pas au pouvoir. Ce n'était pas facile de faire une communauté changer ainsi d'allégeance.
Certes, on a enclenché des projets ici et là, mais ce n'est pas suffisant. Il faut aussi s'attaquer à certains problèmes fondamentaux, comme le chômage, la prolifération de la drogue, le sida, les sdf ... Ti promet pou amène ène bel combat contre la drogue. Zordi pa kapav passe ek fami dans zardin Plaine Verte. Divan bazar éna comié sans-abri pé dormi ... J'apprécie ce que fait le Premier ministre pour qu'il y ait plus d'équité, car, en fait, il y a des cas d'injustice aberrants, comme celui de cette dame qui a choisi de prendre sa retraite dans l'indignation, car on lui a refusé la promotion pour des raisons bassement communautaristes. Je connais des cas où le Navin Ramgoolam est intervenu personnellement pour un redressement de situation. Ki faire kan musulmans éna pou gagné, éna pression?
Pensez-vous que l'électorat musulman prenne peu à peu ses distances du Parti Travailliste ?- Il est plutôt attentiste. S'il est mené en bateau par les politiciens, il sera dégoûté. Il y a des parlementaires qui ont oublié leurs devoirs envers leurs mandants. J'ai confiance en Navin Ramgoolam, mais pas en certains ministres. Il y en a qui sont devenus arrogants, méprisants, et franchement provocants.Réalise-t-on combien on est détesté à cause des magouilles? Si on ne s'occupe pas du véreux, tôt ou tard il fera du tort à son paarti. Laissez-moi vous dire d'ores et déjà que la prochaine campagne électorale sera très difficile au No 3, à moins que le Premier ministre rappelle certains de ses ministres à l'ordre et leur fasse comprendre qu'il faut donner des chances égales à toutes les communautés. Nous ne demandons rien de plus que notre dû; la méritocratie.
Est-ce que, selon vous, la communauté a sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive?- Si le père Grégoire a pu unir la communauté créole (il mérite d'être félicité pour cela) pour que celle-ci devienne une force capitale, les musulmans ne pourraient-ils en faire autant? Les chefs religieux doivent prêcher l'unité, car ils peuvent jouer un rôle majeur dans notre recherche d'unification.
Récemment, il y a eu un problème opposant la Mairie de Port-Louis aux marchands opérant au marché Ibrahim Abdoola à Cité Martial. Pourquoi vous y êtes-vous mêlé?- Pour aider à mettre de l'ordre, car la situation s'aggravait. Je suis venu calmer les esprits. On redoutait l'intervention de la police. Donc, j'ai sollicité l'aide du ministre Abu Kasenally qui a prié la police d'éviter toute immixion dans cette histoire qu'on pouvait régler à l'amiable. Finalement, tout s'est bien passé grâce à la compréhension des uns et des autres. Le lord-maire Fritz Thomas, ainsi que les conseillers Audie Travailleur, Ehsan Juman et Bashir Nazeer, ont contribué à l'apaisement général. Les marchands et leur avocat, Assad Peeroo, ont été très conciliants. Coup de chapeau à tout ce monde-là.
Quel est votre rôle en tant que membre du conseil d'administration de la Waste Water Management Authority?- Celui d'un élément catalyseur. Pour moi, il n'y a qu'une chose qui compte: le travail. Pour donner des résultats probants, il faut assumer pleinement ses responsabilités. Abu Kasenally et le chairman de la WWMA, Kaushal Nobine, abattent un travail énorme. Rien qu'à la Route Militaire, nous avons pu connecter 126 maisons au système d'évacuation des vidanges. Grâce au Dr Beebeejaun, nous avons réalisé un projet à la rue Malakoff - un dossier dormait dans un tiroir depuis 1976. Un autre problème, vieux de 30 ans, a été résolu à la rue Ail Doré. Il y a des gens qui se plaignent, mais ils ne réalisent pas combien de gros travaux sont entrepris pour le bien-être général. We must count our blessings too.
REZA ISSACK, STAR
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