* Dr Siddick Chady, comment avez-vous digéré la défaite électorale de 2005. Avec recul, quelles leçons peut-on en tirer?- J'ai pris cette défaite avec beaucoup de philosophie et d'humilité, tout en acceptant le verdict de l'électorat. SSR, SAJ, Duval, Bérenger ont tous goûté à l'amertume d'un échec. N'empêche que c'est un mal pour un bien, dans le sens que ma nomination à la Mauritius Ports Authority m'a ouvert de nouvelles avenues. J'ai beaucoup appris et je peux vous dire que le port renferme un énorme potentiel de développement.
* Envisagez-vous un come-back dans l'arène?- Ce ne sera pas vraiment un ‘come-back', car j'ai toujours été à l'écoute et en proximité avec la circonscription Numéro 3. Laissez-moi vous dire que j'ai beaucoup œuvré pour Plaine Verte, Camp Yoloff, Roche Bois et Vallée Pitot du temps où j'étais ministre. C'est en 1998 que le Parti Travailliste a pris d'assaut Port-Louis-Est/ Port-Louis-Maritime. Le Dr Beebeejaun et moi-même, puis Abu Kasenally, avons réussi à faire basculer la citadelle mauve. Non, ce ne sera pas un come-back, comme vous dites, car j'y suis déjà et depuis toujours - cela grâce au Dr Navin Ramgoolam. Tenez, je suis de cette génération qui a fondé le nouveau PTr avec Kailash Purryag, Arvind Boolell, Clarel Malherbe et autres Tsang Man Kin. Nous avions adopté un esprit combatif et une approche pragmatique. Nous avons soutenu le parti, alors que MMM/MSM manigançait pour faire perdre à Navin Ramgoolam son siège. Nous organisons souvent les meetings du 1er mai à Rose-Hill et à Port-Louis, deux bastions mauves.
* Quel regard jetez-vous sur ces faubourgs qui vous sont si chers?- Ils sont victimes de trop de préjugés. L'autre a fait croire que Plaine Verte produit des terroristes avec l'invention de «Lanate dan di sucre » alors que certains veulent pousser cette circonscription dans un ghetto communal. Pour revenir à votre question: oui, ces localités me sont très chères. Car j'ai la circonscription à cœur. Je trouve qu'il y a une crise d'emploi aigue vu les caractéristiques stéréotypés attribués à ses demandeurs d'emplois. Ensuite, il n'y a pas beaucoup d'infrastructures socio-sportives et cela résulte en l'oisiveté populaire. Côté logement, rien; et génération après génération, les résidents de Plaine Verte, Cité Martial, Vallée Pitot s'entassent. De plus, je note qu'on ne prévoit rien pour les 3ème âge, les school-leavers non plus. Pourquoi pas une école vocationnelle qui pourrait absorber les recalés académiques.
* Un récent sondage mené par Sofres indique un détachement de la communauté musulmane de l'Alliance Sociale. Qu'en pensez-vous?- Je ne pense pas que seuls les musulmans ont cette attitude envers l'AS. C'est un peu généralisé. Mais attention, c'est le syndrome du pouvoir qui est une logique démocratique - après la lune de miel c'est le désamour. Même Nicolas Sarkozy vit cette expérience, tout à fait logique, vu qu'un gouvernement nouvellement élu a bien des décisions courageuses à prendre et des dossiers sur lesquels il faut trancher. Alors, il bascule sensiblement dans l'impopularité. Mais, je suis plutôt d'avis qu'il y a un flottement. Croyez-moi, les musulmans ne se tomberont plus jamais dans le piège MMM.
* Y a-t-il d'autres raisons à ce flottement?- Puisqu'il ne faut pas s'arrêter sur la surface et la superficialité, je crois que la campagne de bluff, de mensonge et de psychose menée par l'Opposition a eu une légère influence sur l'électoral rouge. Mais pas pour longtemps, car le peuple est très averti et il se méfie de toute propagande.
* Après 3 ans au pouvoir, comment Siddick Chady jauge le gouvernement ? Quelles en sont les forces et les faiblesses ?- Le gouvernement réussit bien sa politique de réforme, de modernité et d'avant-gardisme. Et là, je trouve que Rama Sithanen a abattu un travail colossal qui rapporte ses fruits déjà. Nous importons 90% de notre consommation, et la politique monétaire est bien calculée. Nous avons une roupie forte, une économie saine et des emplois à offrir. La politique Bheenick rapport beaucoup au pays. Les projets IRS ont dopé la FDI qui a atteint 10 milliards de roupies. Les nombreuses facilités émises encouragent les investisseurs. Maurice choisit aujourd'hui ses investisseurs et cette donnée nouvelle est ‘pregnant of lot of meaning'. Il y a le méga-projet Tianli et Les Salines. Les faiblesses de l'actuel régime relèvent d'items hors de son contrôle. Il y a la sècheresse qui affecte le prix du lait; la hausse des carburants; la crise alimentaire. Mais certains sujets qui touchent directement à la gestion quotidienne sont tout aussi considérés. La réforme judiciaire, le Law and Order, l'environnement, se trouvent parmi les dossiers prioritaires du gouvernement. Les attaques contre les touristes est un problème à prendre au sérieux, et je trouve que l'installation des caméras de surveillance un peu partout, de même que des unités spéciales de force de l'ordre, aiderait à assainir la situation. Dans l'ensemble, le PM mène le pays à bon port, et puisque je suis au port (rires), je peux vous le garantir.
* Puisque nous sommes dans le port, qu'est-ce qui a changé depuis votre nomination comme chairman à la ‘Mauritius Ports Authority'?- Laissez-moi vous dire qu'un port est en fait le poumon même de l'économie d'un pays. Le nôtre est informatisé, pourvu de tous les dispositifs modernes. Certaines mesures prises ont aidé à fructifier davantage les revenus de la MPA, et nous achevons l'année financière avec Rs 540 millions de profits. Nous avons investi sur les caméras de surveillance et le contrôle radio, aux coûts de 35 et 60 millions respectivement. La MPA possède maintenant un ‘oil jetty' qui est un mécanisme de pompage automatique. Ce ‘oil jetty' est très ‘safe', étant muni d'un système d'alarme d'incendie, et les tankers d'huile étant à l'abri de tout risque. Ensuite avec le dragage des eaux portuaires qui passent de 12 à 14.5 mètres de profondeur, les gros navires de la 5ème génération peuvent mouiller dans nos eaux tout en transportant 5 000 containers. Même à Durban, ils n'ont pas cette facilité.
* Entretenez-vous de bons rapports avec le ministre Xavier Duval?- Nous entretenons des rapports professionnels basés sur le franc-parler, ce dans l'intérêt et l'avancement du port. Mais cela ne m'empêchera aucunement de faire de la politique et, si besoin est, je trancherai pour mon parti et ma carrière politique contre le poste de chairman à la MPA.
* Port-Louis est en passe de se métamorphoser. Parlez-nous du méga-projet de ‘Les Salines Waterfront'.- Vous avez trouvé le mot juste. Port-Louis se métamorphose avec le projet Les Salines. Il s'agit d'un ensemble intégré qui sera construit et développé à Les Salines. Puisque la MPA ne peut gérer un projet de cette envergure, c'est le groupe indien ‘Patel Engineering' à travers le ministère de Logement, qui va en jeter les bases. 36 arpents de terrain ont été relâchés par la MPA pour la construction de trois hôtels, un hypermarché, une esplanade avec capacité d'accueillir de 15 à 20 000 personnes, une Cybercité, une clinique, des ‘intelligence offices' et ‘food-courts'. Ce projet, faisant déjà partie d'un Master plan, abritera un ‘dream-bridge' qui intégrera le jardin Edward Hart. C'est un projet qui coûtera... 15 milliards de roupies étalés sur 5 ans. Par ailleurs, le groupe Adlabs, qui gère 1 000 écrans-cinéma en Inde et autant ailleurs, va s'implanter chez nous. Il prendra en charge plusieurs salles de cinéma et fera aménager des multiplex. Vous savez, un de ses directeurs m'a dit que « There's business in your island for over 50 years to come».
* Permettez-nous de revenir sur la politique. Que pensez-vous de la réforme électorale, avec l'abolition annoncée du Best loser system ?- Pas évident d'enlever le ‘best loser' de notre système électoral. Il faudrait, décommunaliser la liste électorale, le front bench et l'octroi des autres postes. Il faut que les minorités se sentent sécurisées et non délaissées.
* Le mot de la fin ?- Je voudrai dire à certains groupuscules de ne pas acculer une composante de la société mauricienne. Nous avons été tenus à l'écart du pouvoir dès 1969, au lendemain de notre Indépendance, ce jusqu'à l'an 2000 -plus de trente années durant lesquelles nous avons été bernés par l'Opposition parlementaire. Maintenant que nous sommes avec le pouvoir, il faut y rester. « Fini ça létan acott ti pé dir : nu pu mor lor coltar » !
Propos recueillis par Naushad Korimdun, STAR, 05/05/08